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Épisode 7. Le contrat social d'un scientifique

  • Photo du rédacteur: Dan Salvail
    Dan Salvail
  • 25 juin
  • 4 min de lecture

La semaine dernière, un événement m’a rappelé les circonstances exceptionnelles qui permettent aux scientifiques de consacrer leur vie à une passion : la production de nouvelles connaissances, quel que soit le domaine de recherche.

Au-delà du talent et de l’intérêt personnel — merci pour les gènes, maman et papa ! — notre parcours a également été façonné par notre lieu de naissance, notre environnement éducatif, la patience et le dévouement de nos enseignants, ainsi qu’un investissement financier considérable. Tous ces éléments nous ont finalement conduits dans les laboratoires où nous travaillons aujourd’hui.

En plus du soutien familial, la contribution financière de la collectivité à la formation des scientifiques est souvent sous-estimée. Outre les bourses et les prêts accordés durant les études universitaires, la majorité des étudiants aux cycles supérieurs en sciences bénéficient de bourses complètes qui représentaient en moyenne 26 027 dollars américains par année en 2021. Les étudiants-chercheurs évoluent dans des laboratoires où les fonds publics couvrent le coût des consommables, des équipements, des salaires, des déplacements scientifiques et même de la publication des résultats de recherche.

Dès qu’un jeune scientifique obtient sa première subvention, il entre implicitement dans un contrat social. Ce contrat repose sur la reconnaissance que la population qui finance sa formation et ses activités de recherche doit, d’une manière ou d’une autre, bénéficier de cet investissement.

Cet engagement tacite se traduit notamment par la publication des résultats scientifiques afin que les connaissances produites puissent être utilisées par la société pour soulager la souffrance, produire de l’énergie ou nourrir les populations. Malgré ses imperfections et sa forte dépendance aux publications évaluées par les pairs, le système actuel de financement de la recherche atteint généralement son objectif fondamental : permettre à la société de bénéficier de nouvelles connaissances issues de la recherche publique.

Une fois ces connaissances rendues accessibles, les organisations publiques et privées les transforment en solutions concrètes destinées à améliorer le bien-être humain. Le contrat social qui régit ces organisations est toutefois différent. Plutôt que de financer leurs activités par des subventions publiques, elles génèrent des revenus grâce à la commercialisation de produits, de services et de solutions innovantes.

En amont, les gouvernements orientent le développement de l’innovation en ciblant certains secteurs dans leurs programmes de financement. Aux États-Unis, par exemple, la majorité des 1 200 milliards de dollars d’aides fédérales distribuées en 2022 était destinée aux programmes liés à la santé.

Cependant, le contrat social entre les scientifiques et le public ne fonctionne pas toujours comme prévu.

La semaine dernière, j’ai commandé des animaux génétiquement modifiés auprès d’un important fournisseur dans le but de poursuivre le développement d’un médicament contre l’hypertension. On m’a informé que ces animaux étaient réservés aux organismes « sans but lucratif » et que l’entreprise privée pour laquelle je travaille ne pouvait donc pas les utiliser.

J’ai tenté de souligner l’ironie de la situation : l’organisme en question vendait ces animaux génétiquement modifiés — à profit — mais uniquement à des organisations à but non lucratif.

J’ai alors invoqué le contrat social liant le public au chercheur académique de Scripps Research Institute qui avait créé ces animaux grâce, en partie, aux 216 millions de dollars de financement gouvernemental accordés à l’institut en 2011.

À ce jour, mes efforts visant à contribuer au développement d’un nouveau traitement contre l’hypertension demeurent bloqués. Il semble donc acceptable que les contribuables financent les salaires, les infrastructures et les dépenses nécessaires à la création de modèles animaux uniques, tout en permettant que leur utilisation soit légalement restreinte à certaines catégories d’organisations.

Dans ces conditions, mon propre contrat social avec la société devient difficile à honorer : la formation financée par les fonds publics ne peut produire tous ses effets lorsque l’accès aux outils indispensables à mon travail m’est refusé.

Cette problématique dépasse largement le cadre de mon équipe ou de notre projet de traitement contre l’hypertension. Combien de physiciens, d’ingénieurs ou de chimistes se voient refuser l’accès à des technologies développées grâce à des fonds publics simplement parce qu’ils travaillent au sein d’organisations à but lucratif ?

Si les gouvernements peuvent clairement orienter la direction de l’innovation en attribuant les financements publics, le secteur privé demeure néanmoins le principal moteur de la recherche appliquée. En 2019, il représentait environ 75 % des dépenses de recherche et développement aux États-Unis.

Il est peut-être temps que les contribuables portent une attention plus soutenue aux investissements qu’ils réalisent dans l’éducation, la technologie et la recherche.

La population doit pouvoir exiger que les scientifiques respectent le contrat social qu’ils acceptent implicitement lorsqu’ils poursuivent leur formation et leur carrière. Les chercheurs doivent communiquer leurs connaissances non seulement à travers des publications scientifiques spécialisées, mais également au moyen de conférences, de présentations et d’outils de vulgarisation destinés au grand public.

Enfin, les chercheurs hautement qualifiés, qu’ils travaillent dans des institutions publiques ou privées, doivent favoriser la transformation des nouvelles connaissances en solutions concrètes capables de répondre aux besoins de la société et d’améliorer durablement la qualité de vie des populations.


Références


 
 
 

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